Qu’est-ce que le septième art ? Origine et signification de l’expression

Dans le paysage de la culture contemporaine, le terme septième art surgit souvent dans les conversations autour du cinéma, qu’il s’agisse de son histoire, de son influence ou de son statut artistique. Pourtant, derrière cette

Sophie Martineau

Rédigé par : Maryse Villeneuve

Publié le : mai 1, 2026


Dans le paysage de la culture contemporaine, le terme septième art surgit souvent dans les conversations autour du cinéma, qu’il s’agisse de son histoire, de son influence ou de son statut artistique. Pourtant, derrière cette expression aujourd’hui familière, se cache une construction intellectuelle qui a profondément modifié la façon dont le grand public et les professionnels considèrent le cinéma. Ce n’est ni un hasard ni un simple effet de style si le cinéma a fini par s’imposer comme un art à part entière – au même titre que la peinture ou la musique – et par occuper une place singulière dans la hiérarchie des arts majeurs. L’histoire du cinéma, son évolution, et sa définition comme « septième art » révèlent autant sur les bouleversements du XXe siècle que sur notre rapport à l’image, à la narration et à l’émotion collective. L’idée d’un art du mouvement – capable de parler à tous les âges, de questionner la société ou de capturer un souffle d’époque – reste tout sauf anecdotique, surtout lorsqu’on réfléchi à la portée sociale et culturelle du cinéma, en banlieue comme ailleurs. Nombreux sont ceux qui se demandent aujourd’hui encore : pourquoi le cinéma mérite-t-il ce titre, et en quoi cette désignation a-t-elle façonné la manière de produire, d’enseigner et de vivre l’expérience cinématographique ?

En bref

  • Le terme septième art désigne le cinéma, expression forgée au début du XXe siècle pour marquer son entrée dans la liste des arts majeurs.
  • La notion provient du critique Ricciotto Canudo, qui souhaitait légitimer le cinéma comme art complet, synthétisant les arts de l’espace et du temps.
  • La signification de l’expression révèle un enjeu de reconnaissance, de statut et de crédibilité pour le médium cinématographique.
  • L’histoire du cinéma et sa place dans la hiérarchie des arts ont connu de nombreux débats : certains critiquent cette classification, d’autres la revendiquent comme un repère culturel.
  • L’impact du concept de « septième art » se ressent jusqu’à l’organisation des festivals, l’enseignement du cinéma et le regard que l’on porte sur les œuvres projetées.

Expression « septième art » et origines du classement des arts majeurs

L’expression septième art s’invite constamment dans les discussions culturelles, mais rares sont ceux qui connaissent vraiment ses racines. Avant que le cinéma ne vienne bouleverser l’ordre établi, le domaine artistique fonctionnait avec une hiérarchie établie par des philosophes et des critiques d’art. Hegel, par exemple, avait fixé les contours des « cinq arts » : architecture, sculpture, peinture, musique, poésie. Cette classification, influente au XIXe siècle, mettait surtout en avant des disciplines anciennes et considérées comme nobles.

La fin du XIXe et le début du XXe siècle ont vu naître de nouveaux médiums : la photographie d’abord, puis le cinéma, qui suscitait de la fascination mais n’était pas reconnu d’emblée comme un art. Pour beaucoup, assister à une projection cinématographique relevait plus du phénomène technique que d’une expérience artistique.

Tout bascule grâce à Ricciotto Canudo, intellectuel italo-français installé à Paris. En 1911, il publie son essai « La naissance d’un sixième art », militant pour l’intégration du cinéma dans la liste des arts reconnus. Puis, en 1919, il affine sa réflexion avec le « Manifeste des sept arts » et propose de placer le cinéma en septième position, après l’ajout de la danse. Cette démarche ne relève ni du hasard ni du caprice personnel : Canudo cherche à offrir une légitimité nouvelle au cinéma, à le sortir de la simple distraction populaire.

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Non seulement l’expression « septième art » s’impose alors dans les milieux intellectuels, mais elle prend place aussi dans le langage courant. À partir des années 1920, parler du « septième art » revient à donner un gage de sérieux et de respect à la discipline cinématographique. Dans les médias, on commence à évoquer « les chefs-d’œuvre du septième art », « les légendes du septième art » ou « l’histoire du septième art » comme des sujets à part entière, quitte à éviter la répétition du mot « cinéma ».

Le contexte de l’époque explique en partie cet engouement : Paris est alors un carrefour d’idées et d’expérimentations. Les artistes, poètes, musiciens fréquentent les mêmes lieux que les cinéastes. La scène locale, dynamique, favorise la diffusion de nouvelles idées. On croise chez certains centres culturels ou cinés de quartier cette volonté de faire dialoguer disciplines et publics. Au passage, d’autres arts obtiendront à leur tour une reconnaissance par le biais de la numérotation : la bande dessinée sera désignée « neuvième art », par exemple, bien plus tard.

En 2026, l’expression « septième art » ne suscite plus la même controverse qu’à ses débuts, mais elle marque encore une frontière symbolique entre divertissement industriel et démarche artistique assumée. Ce point sera décisif pour comprendre comment la signification du terme continue d’évoluer, tout en éclairant les débats sur la culture cinématographique d’aujourd’hui.

La place du cinéma dans la hiérarchie culturelle et son évolution historique

Comprendre la signification du « septième art » impose de regarder comment le cinéma s’est inscrit dans les grandes transformations culturelles du XXe siècle. D’abord cantonné à l’animation foraine ou la curiosité technique accessible dans des foires, le cinéma a lentement gagné ses galons. La question n’est pas seulement de reconnaître un médium, mais de voir comment il transforme la société et la façon dont chacun perçoit l’acte de création.

L’histoire du cinéma se confond avec une série de conquêtes, de la reconnaissance académique à la création de festivals internationaux. On ne compte plus les efforts pour faire accepter le film comme une forme de littérature visuelle, capable de raconter une histoire, de créer une ambiance, ou d’interroger la société. La perspective de Canudo s’appuie sur une synthèse claire : le cinéma est la fusion des arts de l’espace, comme l’architecture ou la peinture, et des arts du temps, comme la musique ou la danse.

Cette synthèse, on la retrouve dans le processus même de réalisation. Quand un réalisateur travaille la composition d’un plan, il s’inspire de la peinture ; lorsqu’il dirige ses acteurs ou organise la chorégraphie d’une scène, il dialogue avec la danse. À travers le montage, véritable langage du cinéma, s’opère une alchimie propre à ce médium. Le spectateur ne reçoit pas seulement des images, mais une expérience qui mêle narration, rythme et émotion.

Le cinéma a ensuite été intégré à part entière dans les politiques culturelles et éducatives. Avec la création de cinémathèques, l’enseignement en université, et des lieux comme la Maison pour Tous qui promeuvent l’accès à la culture, le cinéma trouve son public sur tous les territoires, y compris en périphérie de grandes villes comme Créteil ou Vitry. On observe également l’influence des mouvements d’avant-garde, tels que la Nouvelle Vague, qui ont insufflé une nouvelle énergie dans la manière de penser et de faire du cinéma.

Peu d’arts peuvent revendiquer un tel impact dans la mémoire collective. Les générations qui se succèdent ne voient pas le même cinéma : ce qui préoccupait les réalisateurs des années 1950 n’est plus au cœur des productions de 2026. Mais la continuité reste évidente : le cinéma conserve son rôle d’observateur, de miroir de nos sociétés, et d’outil de dialogue.

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La hiérarchie des arts, de plus en plus discutée, garde tout de même une valeur symbolique. Elle illustre cette idée que l’innovation naît souvent de la friction entre tradition et modernité. Pour ceux qui s’intéressent à la définition des arts majeurs, le « septième art » s’inscrit dans une continuité, mais il ose aussi tracer sa propre voie, interrogeant le sens même de ce que peut être l’art au XXIe siècle.

Le rôle des penseurs comme Ricciotto Canudo et André Bazin dans la reconnaissance du septième art

Si l’histoire de cette expression est souvent reliée à Ricciotto Canudo, d’autres figures majeures ont largement contribué à définir la culture cinématographique. On pense notamment à André Bazin, critique, fondateur des Cahiers du Cinéma, et pilier des réflexions sur l’esthétique et les fonctions sociales du cinéma. Pour Bazin, la spécificité du cinéma résidait dans son rapport à la réalité : il voyait en lui un art capable d’enregistrer le monde, de capter la vie dans sa diversité, son instantanéité, et sa vérité.

Bazin n’était pas le seul à étudier les tensions entre représentation et interprétation. Son influence se mesure aussi dans l’attention accordée à la mise en scène, au montage, à la subjectivité du regard. Cette approche complète l’analyse par Canudo : tandis que l’un situe le cinéma dans la lignée des grands arts, l’autre insiste sur ses propriétés propres, celles qui le rendent unique face aux autres disciplines.

Cela a des conséquences profondes sur la façon dont on enseigne, analyse et apprécie les films. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la réflexion sur l’origine de l’expression « septième art » ne se limite pas à un jeu d’initiés. Elle irrigue les débats professionnels, influence les programmations de festivals ou de salles municipales, voire la structuration de certains cursus universitaires. Il est facile de voir aujourd’hui des parcours entiers dédiés à la culture cinématographique : ils intègrent l’histoire du médium, l’analyse de séquences, l’étude de l’impact social ou politique des œuvres.

Personnalité Contribution à la reconnaissance artistique du cinéma Période d’influence
Ricciotto Canudo Théorise la hiérarchie des arts, désigne le cinéma comme septième art, milite pour la légitimation du médium. 1910-1930
André Bazin Fonde une critique moderne, analyse les spécificités du cinéma et son rapport au réel, co-fondateur de Cahiers du Cinéma. 1945-1958
Nouvelle Vague (Godard, Truffaut…) Réinvente les codes de la mise en scène, met l’accent sur l’expérimentation narrative. 1958-1975

Dans la pratique, ces débats et réflexions rejaillissent dans la vie quotidienne : sur un quai de tram d’Alfortville, dans une file d’attente pour un festival local, le mot « septième art » circule encore, témoignage d’un héritage commun. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la banlieue, comme la capitale, continue de défendre l’accès à la culture cinématographique, à travers des initiatives collectives et associatives.

Caractéristiques du cinéma : une synthèse unique d’arts visuels et temporels

Ce qui distingue le cinéma des autres formes artistiques disponibles au public, c’est sa capacité à tout fusionner : image, son, récit, et même parfois performance. Contrairement à la peinture qui se regarde en silence ou à la musique que l’on écoute, le septième art crée une expérience immersive au croisement de plusieurs sens. Il puise dans la photographie pour la composition, dans la sculpture pour les décors, dans la littérature pour le scénario, dans la musique pour la bande-son, et bien sûr dans le théâtre pour la direction d’acteurs.

Cette hybridation est loin d’être figée. Elle s’adapte au fil des technologies (passage du muet au parlant, noir et blanc à la couleur, 3D ou réalité virtuelle) et des modes de consommation (plateformes, cinéma de quartier, projections itinérantes). Là où le cinéma étonne encore, c’est dans sa manière de jouer avec le temps – accélérer, figer, rejouer l’histoire – et avec l’espace. Cela explique pourquoi les salles obscures de Bobigny, de la Joliette à Marseille, continuent d’attirer un public intergénérationnel. Toute sortie dans ces lieux propose une expérience collective, où l’on partage silence, rires, ou émotions.

  • Le montage, signature du cinéma, permet de narrer, suggérer, bouleverser le spectateur par la juxtaposition d’images.
  • La bande son enrichit l’expérience, souligne le propos ou inverse la signification d’une séquence.
  • L’évolution technologique (image numérique, effets spéciaux) repousse en permanence les frontières du réalisme et de l’imaginaire.
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À titre d’exemple, revisiter un classique comme « Les Enfants du Paradis » ou s’immerger dans un blockbuster de 2026 crée chaque fois une découverte : la preuve que la culture cinématographique n’est pas réservée à une élite, mais concerne toutes les générations. Les soirées thématiques organisées dans les MJC ou les maisons de quartier, parfois en lien avec des associations locales, participent à entretenir ce lien vivant avec l’expression « septième art ».

Le cinéma ne s’arrête jamais à une seule émotion ou à une seule forme d’art. Il brasse, il absorbe, il transforme. La salle obscure devient un lieu de dialogue permanent entre les générations, les cultures et les influences, reflet d’une créativité sans cesse renouvelée.

Enjeux contemporains et débats sur la signification du « septième art » aujourd’hui

Dans les débats récents, la signification de l’expression « septième art » subit de nouvelles pressions. D’un côté, le cinéma garde un prestige certain dans la culture populaire : il structure encore la programmation des festivals, la logique des palmarès, ou la reconnaissance d’un film d’auteur. D’un autre côté, des voix s’élèvent pour contester l’idée d’une hiérarchie fixe entre les arts, surtout à l’ère numérique où les frontières s’effacent.

Des critiques reprochent à la théorie de Canudo d’être datée. Selon eux, l’apparition d’arts numériques – installations multimédias, art vidéo, jeux vidéo, etc. – impose de repenser complètement la classification, d’ouvrir l’horizon au-delà de la simple numérotation. D’autres suggèrent d’abandonner le classement : ce qui compte, ce serait plutôt la singularité de chaque œuvre et sa capacité à dialoguer avec le public. Une suggestion qui fait écho aux modes de consommation actuels : à Vitry, à Créteil, un même spectateur peut passer du graffiti à une expo photo, du court-métrage à la performance en direct, en franchissant la porte d’un centre socio-culturel comme ceux évoqués sur MPT BB.

La transmission du goût pour le cinéma, sa culture, n’est plus l’affaire d’une seule génération : elle se partage lors d’événements collectifs, de séances scolaires, d’ateliers animés par des bénévoles passionnés. On voit même fleurir des ateliers d’analyse dans des bibliothèques municipales qui font le lien entre littérature, image et histoire locale.

En somme, la notion de « septième art » a ouvert des portes – celle de la reconnaissance, de l’analyse, de la transmission – mais elle reste vivante parce qu’elle questionne encore. Doit-on garder cette étiquette, la dépasser, ou simplement accepter la diversité infinie des formes artistiques d’aujourd’hui ? Petit conseil pour ne pas se perdre : si la question vous interpelle, filez voir un film en salle, comparez l’expérience avec une expo ou un concert, et posez-vous la question à votre tour. Que cherchez-vous dans une œuvre ?

Qu’est-ce que l’expression « septième art » signifie exactement ?

L’expression « septième art » désigne le cinéma. Ce terme souligne la reconnaissance du cinéma comme une forme d’art au même titre que l’architecture, la peinture ou la musique, et s’appuie sur le classement proposé par le critique Ricciotto Canudo au début du XXe siècle.

Pourquoi le cinéma est-il appelé le septième art et non le sixième ?

Le cinéma est arrivé après la danse, qui venait compléter la liste des arts reconnus. Ricciotto Canudo, en 1919, classe d’abord la danse avant de désigner le cinéma comme septième art, considérant que ce dernier synthétisait à la fois les arts de l’espace et du temps.

La hiérarchie des arts a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?

La classification traditionnelle est débattue, notamment depuis l’apparition des arts numériques et interactifs. Beaucoup estiment qu’il vaut mieux considérer la diversité de l’expression artistique plutôt que d’établir une hiérarchie stricte. Cependant, le terme « septième art » garde un intérêt historique et symbolique.

André Bazin a-t-il participé à populariser le concept de septième art ?

André Bazin n’a pas créé le terme, mais ses travaux sur l’esthétique, la théorie du cinéma et la critique ont aidé à enraciner l’idée que le cinéma est un art majeur, digne d’examen intellectuel et artistique.

Le concept de septième art joue-t-il un rôle dans l’enseignement et la transmission du cinéma ?

Oui, la reconnaissance du cinéma comme septième art a permis d’intégrer l’étude du cinéma dans les programmes scolaires, les cursus universitaires et les initiatives associatives, favorisant l’accès à la culture cinématographique pour des publics variés, bien au-delà des cercles professionnels ou des grandes villes.

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